Archive for août, 2011

En lisant Henning Mankell

Août 28 2011 Published by under notes de lecture

Ses tout premiers souvenirs étaient des distances: entre lui et sa mère, entre sa mère et son père, entre le sol et le plafond, entre l’inquiétude et la joie. Sa vie entière se résumait à des distances à mesurer, à raccourcir ou à rallonger. C’était un solitaire, toujours à la recherche de nouvelles distances: une façon de conjuguer le sort, de compter les mouvements du temps et de l’espace.

Aussi loin qu’il pouvait se souvenir, la solitude avait toujours été pour lui une seconde peau.

Kristina Tacker n’était pas seulement sa femme. Elle était aussi le couvercle invisible qu’il avait placé au-dessus du gouffre.

Henning Mankell, Profondeurs, Seuil, 2008, p. 14

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En lisant Jean-François Caron

Août 24 2011 Published by under notes de lecture

Des infirmières se sont précipitées dans la chambre voisine. Madame Jacinthe a quitté les lieux avec le sourire. Elle était simplement assise dans son fauteuil, un tricot à la main. Quelques minutes plus tôt, elle l’avait déposé, sentant qu’elle avait fini son ouvrage, avec une maille à l’envers, qu’il n’était plus nécessaire de continuer. Avec quelque soulagements, elle avait posé la tête sur le dossier du fauteuil et avait attendu que survienne le moment.

C’est ainsi que partent les vieux enfants. Quand chaque journée se calque sur la précédente, que l’univers s’est replié en deux dimensions puis collé contre la fenêtre, souvent les mots perdent leur charge et s’épuisent avant de faire ouvrir la bouche. Madame [ suite ]

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En lisant Bernard Émond

Août 07 2011 Published by under notes de lecture

Dans le discours contemporain sur l’enseignement des arts, on revient sans cesse avec l’idée de l’expression de soi. Il faudrait de toute urgence pouvoir mettre une caméra, des pinceaux, un instrument de musique entre les mains de chaque jeune personne afin qu’elle puisse s’exprimer. Or il me semble que l’essentiel, dans la pratique artistique, n’est pas là. Il me semble bien davantage tenir dans l’idée de rencontre.

(…)

Connaître et pratique un art, c’est avant tout sortir de soi pour aller à la rencontre de ce qui est autre; c’est arriver à force de travail et d’étude à pouvoir s’approcher des grandes œuvres et de ce qu’elles portent de sens et d’ouverture au monde. C’est à ce prix qu’on devient capable d’offrir.

(…) Un romancier, un peinture, un [ suite ]

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En lisant Mélanie Vincelette

Août 07 2011 Published by under notes de lecture

À propos de Kujjuk, un Inuit du Nunavut:

C’était un homme qui parlait peu. Il avait perdu un bras dans un grave accident de boucherie à l’âge de quatorze ans. En dehors du travail, il refusait de porter sa prothèse, qu’il surnommait sa « main bionique » devant les enfants qui le regardaient avec des yeux ronds. Il vivait avec son moignon de façon conviviale. Il ne demandait jamais jamais à son voisin de table de l’aider à couper son steak: il plantait son moignon au coeur de la pièce de viande pour la retenir et la coupait avec un couteau suisse bien affûté qu’il gardait toujours dans sa poche. Kujjuk était adoré de tous, car il savait vivre le moment présent. Dans les soirées, il glissait du THC dans les martinis à bière d’épinette des filles et les ramenait chez lui en conduisant sa motoneige [ suite ]

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En lisant Catherine Mavrikakis

Août 07 2011 Published by under notes de lecture

J’ai douze ou treize ans, je ne sais pas, et tout à coup, le monde s’écroule autour de moi. Les murs de ma maison de tôle un été sont en carton-pâte. Ils tombent et ne me protègent plus. La vie n’a aucun sens.

(…)

En 1973 ou 1974, l’adolescence me frappe de plein fouet. Elle me met K.O. Je suis hébétée. Je ne m’en remetrai pas. Malgré tout, je suis restée cette fille encore sous le choc de sa découverte, du mensonge qu’est la vie. Mais j’ai appris à ne pas chercher des dénouements spectaculaires à ma douleur. Ce fut un long apprentissage.

J’aurais pu mal tourner, faire vraiment dans le mal, dans l’horreur. Encore récemment, j’ai vu avec terreur le film Elephant de Gus Van Sant qui montre une jounrée dans une école avant la fusillade perpétrée [ suite ]

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En lisant Evelyne de la Chenelière – 2

Août 07 2011 Published by under notes de lecture

Quand elle a pénétré l’eau, ma sœur a senti son corps se fondre en écume, la voilà retournée au ventre originel qui l’a faite, et je dois dire que je l’ai enviée, d’être vaste comme la mer qui la contient, d’être dorénavant sans contour, presque immatérielle, fractionnée à l’infini, flottante, insaisissable parce que dissoute dans la matrice, comme les mots dans la langue maternelle, comme les souvenirs dans la mémoire, comme les enfants dans l’enfance; on ne peut rien attraper.

Evelyne de la Chenelière, La concordance des temps, Léméac, 2011, p. 138 [ suite ]

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En lisant Evelyne de la Chenelière – 1

Août 07 2011 Published by under notes de lecture

Je te jure que je marchais vers toi malgré mon retard et malgré tout, je marchais vers toi quand je me suis arrêté pour aider le vieux Grec, je marchais vers toi quand j’ai été avalé par les collégiennes, je marchais vers toi quand j’ai traversé le royaume plein de joie et de bonté, c’est là que j’ai entendu les outardes, et puis j’ai entendu d’autres cris, j’ai presque perdu pied et je n’avais plus mon râteau pour me soutenir, je devais être vieux, si vieux à force de regarder derrière moi, j’ai voulu voir mon reflet pour vérifier si j’avais vieilli depuis mon réveil ce matin, j’ai pensé au sexe des choses, et des gens, parce que si j’avais eu un sexe de femme je me serais accordée au féminin et j’aurais certainement été munie d’un sac [ suite ]

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En lisant Marc Forget

Août 07 2011 Published by under notes de lecture

C’est à ce moment-là que germa en moi l’idée du théâtre. Pour y valider mes excès. Pour la caution morale du mensonge par l’art. J’avais l’égo comme la Pantagonie, une envie de penser le monde à voix haute, de le montrer avec mes biais à moi, des champs de vent triste avec lesquels je défriserais les bien-pensants. Dans le monde irréel, on peut densifier les motivations, les couchers de soleil durent des heures, les femmes se donnent à vous en disant des choses invraisemblables: fais-moi l’amour avec des mots, je vous trouve irrésistible d’intelligence, cher monsieur, permettez que je m’agenouille? Je voulais jouer les dictateurs, générer les rires, créer de l’émotion, de la beauté, échapper à ma propre laideur, jouir de la vie jusqu’à l’inventer [ suite ]

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En lisant Mathias Enard

Août 07 2011 Published by under notes de lecture

Je sais que les hommes sont des enfants qui chassent leur désespoir par la colère, leur peur dans l’amour; au vide, ils répondent en construisant des châteaux et des temples. Ils s’accrochent à des récits, ils les poussent devant eux comme des étendards; chacun fait sienne une histoire pour se rattacher à la foule qui la partage. On les conquiert en leur parlant de batailles, de rois, d’éléphants et d’êtres merveilleux; en leur racontant le bonheur qu’il y aura au-delà de la mort, la lumière vive qui a présidé à leur naissance, les anges qui leur tournent autour, les démons qui les menacent, et l’amour, l’amour, cette promesse d’oubli et de satiété. Parle-leur de tout cela, et ils t’aimeront; ils feront de toi l’égal d’un dieu.

Mathias Enard, [ suite ]

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En lisant Patrick Lapeyre

Août 07 2011 Published by under notes de lecture

Cette fois, il est seul sur la route et roule du coup aussi prudemment que s’il était en mission d’observation dans un pays inconnu. Il aperçoit à perte de vue des plateaux pierreux bordés de corniches et d’à-pics au bas desquels on devine de temps en temps une rivière cachée par les arbres. Il se fait alors la réflexion qu’à cette hauteur personne ne peut sans doute le joindre, et réciproquement, parce qu’il ne doit y avoir la moindre borne relais à des kilomètres à distance.

S’il voulait, il pourrait disparaître ni vu ni connu, changer de nom, refaire sa vie au fond d’une vallée perdue, épouser une bergère. (Parfois, Blériot adore se faire peur.)

Patrick Lapeyre, La vie est brève et le désir sans fin, P.O.L. 2010, p. 13 [ suite ]

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