En lisant Raymond Bock

Avr 09 2012

Tu pourrais faire les cent pas pendant cent ans, tu ne t’emmerderais pas autant que je me suis emmerdé dans cette prairie tamisée par des océans d’un autre âge, moulue par des tonnes de glaciers battant lentement en retraite, arpentée par le désordre nomade de bons génies et de meilleurs guerriers encore, ratissée par les moissonneuses à l’allée, au retour, dans la poussière des ossements de bisons. Tu pourrais prétendre que je t’ai abandonnée par surprise en te laissant à ton voyage, que ton trajet a été agréable, ton séjour parfait. Mensonge. Nous sommes libérés, maintenant. Tu peux étudier le droit, devenir pâtissière, t’entraîner au curling, rester là d’où je suis revenu pour y perpétuer ton grand oeuvre, moi je resterai ici et il continuera à neiger.

Raymond Bock, Atavismes, Le Quartanier, 2011, p. 40

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