April 16, 2012 Off

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By in défi écriture

Il y a d’abord les polytraumatisés. Ils ne sont pas meurtris: ils sont presque morts. C’est à peine s’ils tiennent debout sans que quelqu’un ne les aide. On les a affamés pendant des années. On les a visités la nuit. On a tapé sur eux avec tous les marteaux imagineables.  On leur a imposé pendant des années de trop nombreux voyages. Ils manquent d’air depuis la naissance.  Ils ne connaissent que les cris et la vermine.

Il y a aussi les malchanceux. Un matin ensoleillé, ils sont tombés en pleine figure, ont perdu quelques dents et en sont encore couverts de poussière. Ou alors ils ont trébuché et ont gardé des éraflures pendant quelques temps. Ils ont été volés. Ils ont tout perdu et n’ont récupéré que des miettes.  On leur a cassé la gueule derrière une ruelle.  On les a abandonné au profit d’un paquet de cigarettes, d’un plus riche ou d’une plus jeune.  Depuis, ils sont craintifs et marchent sur des oeufs.

Puis il y a les hébétés, ces sourds et aveugles qui ont traversé des décennies complètes dans le déni de soi et des autres le plus complet, à tourner sur eux-mêmes et à attendre les bras croisés et en tapant du pied ce qu’il ne leur était pas dû et encore moins mérité.

Qu’ils fassent un effort, exigeons-nous. Avec un peu de volonté, on peut se remettre aisément d’une rupture amoureuse, prendre une année sabatique pour faire le tour du monde, booster sa vie sexuelle en une semaine en suivant quelques étapes faciles, réorienter sa carrière et obtenir enfin cet emploi rêvé. À tous ces éclopés, mutilés et ces hagards, on ne cesse de répéter qu’en y mettant du sien, il est même possible de régler un complexe d’Oedipe et ces autres problèmes petits tracas familiaux. Comme si guérir ne demandait pas du temps. Comme si malgré l’angoisse qui empoisonne tout, le ventre vide et un esprit qui se vide de lui-même pour se protéger, il était facile de se relever.

 

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Défi d’écriture: écrire le plus souvent possible, en s’inspirant de ces thèmes. Inspiration, dis-je: donc s’amuser, divaguer, et surtout, ne pas profiter de l’exercice pour se taper une petite de psychanalyse en douce.

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