juin 30, 2012 Off

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By in défi écriture

Il y a 10 ans, leurs fils unique Laurent partit un après-midi faire du vélo. Il ne revint jamais. On ne sut pas ce qu’il était arrivé. On supposa que Laurent avait été kidnappé. On supposa qu’il avait été tué. La seule chose qui était certaine, c’est qu’il ne rentra pas à la maison ce jour-là, ni aucun autre jour.

Les parents de Laurent déjouèrent les statistiques et ne se séparèrent pas. Après des années d’apathie et de rage, la colère finit par tomber un peu. La vie reprit son cours. Ils eurent même un autre enfant, la petite Sarah. La femme se rappellerait toujours que lors de la conception de Sarah, elle avait la tête ailleurs, regardant le plafond et réfléchissant à son emploi du temps pour le reste de la semaine. Ce n’était pas la première fois qu’elle était distraite dans un tel moment, et ce ne serait certainement pas la dernière non plus. Mais toujours elle se sentirait coupable quand sa fille lui dirait « je t’aime, maman ».

Pendant des années, Laurent visita régulièrement sa mère. Elle rêvait de son fils à tous les mois. Dans les premiers temps, ces nuits étaient douloureuses. Puis elle se résigna et accepta ces rêves sans se battre. Les rêves suivaient toujours le même scénario. Elle était d’abord enchantée et étonnée de voir son fils revenir (« Je n’ai pas disparu, Maman – je suis seulement allé jusqu’à l’autre bout du parc en vélo »). Il l’embrassait, la taquinait et lui reprochait gentiment d’être trop mère-poule. Puis ils passaient la journée ensemble. Parfois ils allaient à la piscine. D’autre fois au jardin botanique. Une fois, elle lui apprit à danser. Mais à la fin de la journée, toujours il disparaissait. Déconfite, des larmes de rage au bord des yeux, elle se maudissait d’avoir cru au retour de Laurent. Elle respirait un bon coup pour reprendre ses esprit et se disait, avec dépit, qu’au moins il lui restait un autre enfant, la petite Sarah. Puis, elle se réveillait en sursaut.

Des années après la disparition de Laurent, la police informa les parents qu’ils avaient découvert le corps de l’enfant. La mère accusa le choc sans pleur et sans soulagement. Elle regarda son mari, elle regarda sa fille Sarah. Ils ne représentaient soudainement plus rien pour elle. Elle haussa les épaules, eut un sourire amer et quitta la maison pour ne plus jamais y revenir.
 
 
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Défi d’écriture: écrire le plus souvent possible, en s’inspirant de ces thèmes. Inspiration, dis-je: donc s’amuser, divaguer, et surtout, ne pas profiter de l’exercice pour se taper une petite de psychanalyse en douce.

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