octobre 5, 2012 Off

En lisant Abdellatif Laâbi

By in notes de lecture

Découvert grâce au Poème du jour du 14 septembre 2012 à France Culture.

Quant à vous
poètes de ces temps de lucre
vendeurs de poésie
en petites tranches d’émotion
en petits sachets d’érotisme
mystiques à cœur de fausset
n’arrivant pas à la cheville d’Al Hallaj
grands démissionnaires de la lutte de nos peuples
vous
camouflant votre impuissance
derrière les théories ronflantes du Grand Art
complexés jusqu’à la moelle
par les reflets vacillants
d’une littérature qui se meurt
sur les rives de la Seine
ou de la Tamise
j’empaille vos écritures
dans le musée de mes anciennes illusions
et je tends la main
à mes frères combattants
ceux qui comme Maïakovski
et Nazim Hikmet
savent de quel tocsin les mots sont capables
quelle terrible vérité et quel amour véhicule le poème
quand c’est le peuple qui le dicte
ne me cherchez pas dans vos archives
effrayés par mes dénonciations
je ne suis pas de la nature de l’écrit
cherchez-moi plutôt dans vos entrailles
lorsqu’une cavale de vers
distord vos tripes
cherchez-moi dans l’urine des fièvres
dans le paludisme des ruelles

dans la boue des cataractes
écrasez mes noms interdits
marchez sur les sorts que j’irradie
mais à mon cri
cassez les cruches de miel
égorgez des taureaux noirs sur les seuils des mosquées
nourrissez mille et mille mendiants
alors je viendrai
vous crachez dans la bouche
crever vos tumeurs
expulser vos maux ataviques
encore je vous préfère
en la droiture de vos socs
mes frères aux mains rugueuses
mes frères au sommeil de racines

 

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