décembre 11, 2012 Off

En lisant Jérôme Ferrari

By in notes de lecture

Nous ne savons pas, en vérité, ce que sont les monde ni de quoi dépend leur existence. Quelque part dans l’univers est peut-être inscrit la loi mystérieuse qui préside à leur genèse, à leur croissance et à leur fin. Mais nous savons ceci : pour qu’un monde nouveau surgisse, il faut d’abord que meure un mode ancien,. Et nous savons aussi que l’intervalle qui les sépare peut être infiniment court ou au contraire si long que les hommes doivent apprendre pendant des dizaines d’années à vivre dans la désolation pour découvrir immanquablement qu’ils en sont incapables et qu’au bout du compte, ils n’ont pas vécu. Peut-être pouvons-nous même reconnaître les signes presque imperceptibles qui annoncent qu’un monde vient de disparaître non pas le sifflement des obus par-dessus les plaines éventrées du Nord, mais le déclenchement d’un obturateur, qui trouble à peine la lumière vibrante de l’été, la main fine et abîmée d’une jeune femme qui referme tout doucement, au milieu de la nuit, une porte qui n’aurait pas dû être sa vie, ou la voile carrée d’un navire croisant sur les eaux bleues de la Méditerranée, au large d’Hippone, portant depuis Rome la nouvelle inconcevable que les hommes existent encore, mais que leur monde n’est plus.

Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome, Actes Sud, 2012, pp.  19-20

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