janvier 3, 2013 Off

Défi-écriture : bilan

By in défi écriture

Nous sommes en janvier 2012. Autour de moi, plusieurs avaient décidé de documenter l’année 2013 en prenant et publiant sur les réseaux sociaux une photo par jour. La discipline nécessaire à ce type d’exercice me plaisait. Mais il me semblait qu’il y avait déjà trop d’images. Je me disais qu’à tout prendre en photo, on allait oublier de regarder. J’ai alors pensé à un défi-écriture. Écrire à tous les jours me semblait illusoire : ainsi, je me suis plutôt fixée comme objectif d’écrire « le plus souvent possible ». Maintenant qu’une année s’est écoulée depuis le début de ce défi-écriture, il me semble important de faire le bilan de cet exercice littéraire.

Tout d’abord, quelques chiffres. Je voulais écrire “le plus souvent possible” : j’ai publié 59 billets, soit en moyenne un peu plus d’un billet par semaine.  Sur l’ensemble de l’année, mes billets auront été vus 1 819 fois. En moyenne, chaque billet aura été lu 30 fois. Mes premiers billets ont attiré de nombreux visiteurs. Si on exclut les billets 1 et 3 qui ont suscité un achalandage record, ce sont les billets 46 (72 visiteurs), 8 (un poème qui a été cumulé 60 visites) et 14 (58 visiteurs) qui ont attiré le plus l’attention des lecteurs. Ces nombreuses visites ont été possibles grâce à la promotion que j’ai faite de mes billets sur Twitter et Facebook. Certains blogueurs ont également parlé de mon défi-écriture, ce qui a permis de générer un certain trafic. Je tiens à remercier Ma mère était hipster qui a permis à ce défi d’attirer de nombreux visiteurs.

Je me rends compte que je suis un peu craintive à l’idée de clore ce défi-écriture. J’ai un peu peur d’abandonner certains des personnages et des histoires que j’avais mis en scène et que j’ai encore envie de développer. De plus, j’appréciais grandement cette “méthode de travail” puisque mes billets étaient publiés régulièrement, annoncés sur les réseaux sociaux, commentés et partagés; je sais que certaines personnes attendaient mes billets et les recommandaient systématiquement.

Cependant, ce défi-écriture m’aura appris une chose importante : il faut écrire pour soi, et non pas pour les autres. Ainsi, aucun de mes personnages ne mourra si personne ne lit son histoire. Et peut-être est-il temps que j’écrive sans attendre une reconnaissance régulière de la part de certains lecteurs. J’ai le fantasme de ce livre qui s’écrit en silence et qui paraît dans la surprise générale.

Je ne voulais pas que ce défi-écriture se transforme en psychanalyse. Mais j’ai compris que même en écrivant sur des personnes totalement fictifs, dont les expériences de vie sont aux antipodes de ma propre existence, cet exercice littéraire vous aura parlé de moi bien plus que je ne l’aurais cru. Quiconque me connaît le moindrement m’aura aisément reconnue à la lecture de ces textes. Si j’en ai dévoilé plus que je ne le pensais, j’en ai aussi beaucoup appris sur moi-même. J’observe une fixation pour certains thèmes qui apparaissent régulièrement et qu’encore aujourd’hui je ressens le besoin de développer : l’ennui, l’exil, la fuite, l’isolement, la mort des enfants. Ces thèmes se sont nourris des lectures que j’ai faites dans la dernière année, tout comme le choix de ces lectures a probablement été influencé par les sujets sur lesquels j’ai écrits. Ainsi, il y a un lien direct entre le double thème de l’exil et de l’isolement et le magnifique récit “Dans les forêts de Sibérie” de Sylvain Tesson que je cite d’ailleurs dans les billets 20 et 14. Vous ne l’avez peut-être pas remarqué, mais certains personnages sont récurrents tout au long de ces billets. J’aime beaucoup cette femme qui essaie difficilement de reprendre le cours de sa vie après le décès de son fils et de son mari infidèle (10, 11, 14, 48).

J’aurai appris beaucoup de choses pendant ce défi-écriture. J’aime écrire de la poésie. Je me questionne constamment sur la rédemption. Les grands espaces silencieux m’attirent. On écrit parfois (trop souvent) pour communiquer avec un lecteur en particulier. Mais la conclusion de ce défi-écriture peut également se résumer en 4 grands principes :

Écrire est facile
On écrit un mot. Puis un deuxième. Et on continue. On fait fi des conventions. On utilise les mots qui nous viennent spontanément à l’esprit. On écrit ce qu’on veut dire. Plus on écrit, et plus c’est facile. Je suis rapidement devenue une éponge qui absorbait tout (lecture, téléroman, paysage, coin de ciel, quotidien, fantasme) et qui était capable de tout recracher avec un minimum de pression. Dire les choses, dire les vraies choses, m’a semblé parfois si facile que j’ai ressenti un immense soulagement, comme si je réussissais à cracher des morceaux plus gros que je ne les imaginais.

Écrire est difficile
Déjà en avril dernier, j’avais écrit ce qui ressemblait à un bilan de mi-parcours. J’avais compris en 4 mois et 45 billets qu’écrire bien demandait du temps. Je ressentais cette frustration d’écrire de petits billets à la va-vite sans rarement me donner le temps d’approfondir ma pensée. Cette insatisfaction m’a poussée à ralentir le rythme de publication des billets et j’ai davantage écrit pour moi-même tout en échafaudant des projets d’écriture plus sérieux. Car écrire demande du temps, de l’espace et une très grande disponibilité mentale.

J’écris bien
Si certains billets que j’ai écrits sont d’une grande banalité et frôlent parfois le médiocre (notons les insipides billets 18, 27 et 32 – quand on écrit trop vite et trop souvent, on écrit de la merde), il y en a plusieurs dont je suis particulièrement fière et que je n’aurais aucune honte à considérer comme “publiables” après les avoir retravaillés. J’ai donc découvert que lorsque j’en prenais le temps, j’écrivais bien.

Écrire est possible
Un des objectifs de ce défi-écriture était de voir si je pouvais réellement écrire ou s’il ne s’agissait d’un “simple rêve de fausse intellectuelle romantique”, comme je me questionnais dans mon billet de mi-parcours. Un an plus tard, je confirme que non seulement je peux écrire, mais je peux aussi écrire bien et que si je m’en donnais la peine, je pourrais même écrire quelque chose de suffisamment bon pour l’envoyer, sans gêne aucune, à un éditeur. Mais bien au-delà de la conviction que je pourrais écrire assez bien pour proposer mon travail à une maison d’édition, écrire devient une activité envisageable. Écrire est donc possible : je peux écrire si j’en ai envie; j’en ai les capacités et j’ai suffisamment de choses à dire. Une table, une chaise, n’importe où dans le monde. Écrire n’importe quoi, peut-être de la fiction, peut-être un essai, peut-être de la merde, mais écrire comme action. Voilà ce qui me semble aujourd’hui possible, et voilà surtout ce qui, dans mes rêves les plus fous, mais aussi dans le seul futur que je sois capable de m’imaginer, occuperait une place centrale dans ma vie.

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