Archive for the ‘notes de lecture’ Category

janvier 1, 2013 Off

En lisant Lionel Duroy

By in notes de lecture

Nous croyons qu’à rompre avec la source du mal nous allons pouvoir inventer notre propre vie et apporter le bonheur à nos enfants, avais-je écrit cette nuit-là, ne cessant d’arpenter nerveusement ma chambre d’hôtel, alors que nous sommes faits de ce mal et qu’ainsi il continue de nous habiter et de nous ronger quoi que nous décidions, et quel que ce soit l’endroit dans le monde où nous allions nous réfugier. Nous croyons qu’un jour nous aurons droit à l’oubli, à la paix, à la beauté, c’est ce qui nous pousse à continuer d’avancer, d’aimer, de réfléchir, d’écrire, mais sans doute n’est-ce qu’un illusion. Celui qui est issu de la haine et de la folie, avais-je poursuivi, semble condamné à ne produire que de la haine et de la folie, et ainsi à détruire les siens à son tour. (…) Si fort soit-il, avais-je encore écrit, l’amour est impuissant à effacer [ suite ]

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décembre 11, 2012 Off

En lisant Jérôme Ferrari

By in notes de lecture

Nous ne savons pas, en vérité, ce que sont les monde ni de quoi dépend leur existence. Quelque part dans l’univers est peut-être inscrit la loi mystérieuse qui préside à leur genèse, à leur croissance et à leur fin. Mais nous savons ceci : pour qu’un monde nouveau surgisse, il faut d’abord que meure un mode ancien,. Et nous savons aussi que l’intervalle qui les sépare peut être infiniment court ou au contraire si long que les hommes doivent apprendre pendant des dizaines d’années à vivre dans la désolation pour découvrir immanquablement qu’ils en sont incapables et qu’au bout du compte, ils n’ont pas vécu. Peut-être pouvons-nous même reconnaître les signes presque imperceptibles qui annoncent qu’un monde vient de disparaître non pas le sifflement des obus par-dessus les plaines éventrées du Nord, mais le déclenchement d’un obturateur, qui trouble à peine la lumière vibrante de [ suite ]

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octobre 5, 2012 Off

En lisant Abdellatif Laâbi

By in notes de lecture

Découvert grâce au Poème du jour du 14 septembre 2012 à France Culture.

Quant à vous
poètes de ces temps de lucre
vendeurs de poésie
en petites tranches d’émotion
en petits sachets d’érotisme
mystiques à cœur de fausset
n’arrivant pas à la cheville d’Al Hallaj
grands démissionnaires de la lutte de nos peuples
vous
camouflant votre impuissance
derrière les théories ronflantes du Grand Art
complexés jusqu’à la moelle
par les reflets vacillants
d’une littérature qui se meurt
sur les rives de la Seine
ou de la Tamise
j’empaille vos écritures
dans le musée de mes anciennes illusions
et je tends la main
à mes frères combattants
ceux qui comme [ suite ]

avril 10, 2012 Off

En lisant Jacques Darras

By in notes de lecture

Position du poème

il est assis
il a les genoux pliés
il voit le monde
il voit des fleurs de trèfle blanches
il voit un toit de tuiles rouges
il voit un carré de ciel gris
il ne voit pas le monde
il est le monde à lui tout seul
il peut changer de place
il peut se lever
il pourrait s’éloigner de sa table
il irait dans la cuisine
parmi les couteaux métalliques
parmi les fourchettes acérées
parmi les casseroles bouillantes
il se couperait une tranche de monde
il mordrait dans le monde à belles dents
ici il voit le monde avec les doigts
il compte le monde sur un clavier
il écrit une partition
la partition s’appelle le monde
c’est une partition en sol mineur
en ciel majeur en tuiles diésées
en trèfle blanc
en genoux pliés
les touches du clavier sont noires
ne touchez [ suite ]

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avril 10, 2012 Off

En lisant Dominique Fourcade

By in notes de lecture

Premier poème Fang Yi

Le  ciel  pas  d’angle  je  n’étais  pas  en  alerte  je  n’ai  à aucun  moment  buté  contre  rien  je  pense  avoir  glissé sur  la  terre  sans  que  quelque  chose  se  soit  dérobé  ou a-t-elle  défailli  la  ligne  d’air  qui  me  portait  s’est-elle dérobée  faute  que  je  l’aie  assez  clairement  aimée  le  ciel je  ne  m’attendais  pas  qu’il  fût  vert  je  n’avais  pas  songé qu’il  brûlât  quand  j’y  ai  été  propulsé  ni  qu’il  fallût  dire si  c’était  la  terre  ou  le  ciel  puisqu’elle  c’est  lui  d’où  cascade  sans  parole  ce  voile  de  rose  quand  je  reviendrai  et même  si  je  ne  reviens  pas  je  lui  manifesterai  mon amour  en  repassant  à  travers  elle  masse [ suite ]

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avril 9, 2012 Off

En lisant Roland Giguère

By in notes de lecture

Je ne vous suis plus
je ne vous suis plus dévoué
je ne vous suis plus fidèle
j’erre à ma guise enfin
hors des senders bénis
j’erre aux confins de ma vie
j’aime aussi
comme je n’ai jamais aimé
la ligne courbe du desdn
le silence des puits
j’erre
malgré tout ce que je dis
entre le début et la fin
entre vos mains tendues
et vos yeux qui se ferment
sous le poids de minuit
j’erre
parmi mes oiseaux favoris
les herbes fines qui se lèvent
au jour dit
j’erre
parmi les pauvres ormes
et les pins dégarnis
sans voir le sapin qui jaunit
j’erre parmi mes amis les meilleurs
que pourtant je dens pour vigies
mais j’erre
j’erre toujours entre vos dires
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avril 9, 2012 Off

En lisant Raymond Bock

By in notes de lecture

Tu pourrais faire les cent pas pendant cent ans, tu ne t’emmerderais pas autant que je me suis emmerdé dans cette prairie tamisée par des océans d’un autre âge, moulue par des tonnes de glaciers battant lentement en retraite, arpentée par le désordre nomade de bons génies et de meilleurs guerriers encore, ratissée par les moissonneuses à l’allée, au retour, dans la poussière des ossements de bisons. Tu pourrais prétendre que je t’ai abandonnée par surprise en te laissant à ton voyage, que ton trajet a été agréable, ton séjour parfait. Mensonge. Nous sommes libérés, maintenant. Tu peux étudier le droit, devenir pâtissière, t’entraîner au curling, rester là d’où je suis revenu pour y perpétuer ton grand oeuvre, moi je resterai ici et il continuera à neiger.

Raymond Bock, Atavismes, Le Quartanier, 2011, p. 40 [ suite ]

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mars 28, 2012 Off

En lisant Aimé Césaire

By in notes de lecture

Les armes miraculeuses

Le grand coup de machette du plaisir rouge en plein front il y avait du sang et cet arbre qui s’apellait le flamboyant et qui ne merite jamais mieux ce nom la que les veilles de cyclone et de villes mises a sac le nouveau sang la raison rouge tous les mots de toutes les langues qui signifient mourir de soif et seul quand mourir avait le gout du pain et la terre et la mer un gout d’ancetre et cet oiseau qui me crie de ne pas me rendre et la patience des hurlements
a chaque detour de ma langue

la plus belle arche et qui est un jet de sang
la plus belle arche et qui est un cerne lilas
la plus belle arche et qui s’appelle la nuit
et la beaute anarchiste de tes bras mis en croix
et la beaute eucharistique qui flambe de ton sexe
au nom duquel je saluais le barrage de mes levre violentes

Il y avait la beaute des minutes qui sont les bijoux au rabais du bazar de la [ suite ]

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mars 27, 2012 Off

En lisant Jacques Prével

By in notes de lecture

Dans le temps dans la nuit
Je te parlerai
Dans le temps dans la nuit je pourrai répondre à voix basse
Le seul moment que la vie m’a volé
Dans le temps dans la nuit je retrouverai ton visage
Et la forme de mon visage
Je te parlerai dans le temps je te parlerai dans la nuit
J’écarterai enfin l’affreuse douleur de mon silence
J’écarterai enfin les jours mortels
Je te parlerai hors du temps je te parlerai dans la nuit
J’effacerai les traces amères de l’attente
J’effacerai les traces amères de l’oubli
Dans mes deux mains ouvertes je prendrai ton visage
Ton seul visage d’un seul instant mortel
Je te parlerai hors du temps j’écarterai la nuit
Je reprendrai les mots absolus
Pour te les dire enfin avec ma voix pareille
A la lumière.

Jacques Prével, in Anthologie de la poésie française [ suite ]

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mars 15, 2012 Off

En lisant Robert Desnos

By in notes de lecture

J’ai tant rêvé de toi

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?
J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.
Ô balances sentimentales.
J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.
J’ai tant rêvé de toi, tant marché, [ suite ]

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