En lisant Robert Desnos

Mar 15 2012

J’ai tant rêvé de toi

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?
J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.
Ô balances sentimentales.
J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.
J’ai tant rêvé de toi, tant marché, [ suite ]

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Lire de la poésie et puis marcher

Fév 17 2012

Encore cette semaine je délaisse mes éternels romans et lis de la poésie. L’avantage des recueils de poèmes et autres récits poétiques c’est que souvent ils sont édités en livre de poche ou mince plaquette, qu’ils se glissent donc bien dans un sac et en sortent tout aussi facilement dans la cohue matinale du métro.

Le temps doux de cette semaine m’a aussi permis de prendre une pause au coeur du mois de février. J’ai beaucoup marché, parfois en écoutant de la musique, souvent les podcasts des Poèmes du jour ou de l’émission « Ça peut pas faire de mal » diffusés respectivement à France Culture et France Inter. Marcher me fait du bien. Presque autant que les voix de Marie Richieux et Guillaume Galliène.

La poésie, comme la marche, peut devenir une [ suite ]

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En lisant Andrée Chedid

Fév 06 2012

Depuis que j’ai commencé mon défi-écriture, j’essaie de varier mes lectures.
Qui sait si lire autrement ne permettrait pas d’écrire autrement?

Je commence donc à lire davantage de poésie et découvre avec étonnement que c’est la lecture idéale dans le métro le matin.

La semaine dernière, j’ai lu Blaise Cendrars  (‎ »Le soleil ouvrira de bonne heure comme un marchand de nougat un jour de fête »; ‎ »On a beau ne pas vouloir parler de soi-même Il faut parfois crier »).

En ce moment, je lis « L’Étoffe de l’Univers » d’Andrée Chedid, une poète que je ne connaissais que de nom mais dont j’avais entendu de grandes éloges.

Je découvre dans ce recueil de superbes poèmes. Le rythme est envoûtant.


 

FÉCONDE

Parfois l’esprit féconde
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En lisant Mathias Énard

Déc 07 2011

« Ce café est vraiment infect. mais il est chaud, fort, et je n’ai rien d’autre à faire, un gobelet en plastique à la main et toute la Russie sous les yeux, dans le cocon bringuebalant du Baïkal Express qui m’emmène vers Novossibirsk. Le café me remet dans les narines l’odeur de l’opium, j’ai une demi-tablette de Rohypnol dans ma valise, mais je la garde en cas de coup dur, maintenant je préfère me laisser aller à la drogue douce du souvenir, bercé par les errances de ce train qui danse comme un ours sur ses traverses, des arbres, des arbres de haute futaie, des arbres à abattre, holzfallen, holzfallen, comme criait ce personnage de Thomas Bernhard dans son fauteuil à oreilles, en maugréant contre les acteurs et la bonne société de Vienne,

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En lisant Charles Bolduc

Sep 03 2011

Tu la connais pourtant, cette fureur qui m’anime, celle qui me pousse à consommer toutes sortes de produits insolites avec des noms de solvants à peinture, celle qui a débordé juste avant que tu ne me retrouver debout contre la vitre, le visage en sueur et la chemise déchirée, au milieu de la cuisine à moitié démolie. Tu le connais, cette folie exaltée qui me fait pisser sur le pare-brise des voitures à trois heures du matin, cette propension à aller de travers qui m’a déjà valu diverses menaces de rupture et d’emprisonnement, le téléphone brandi et le doigt posé sur la gâchette du 911. Il y a une rage de vivre dans mon sang qui serait capable de mordre tes poignets et de boire tes veines jusqu’au dernier globule – tu le sais quand tu me regardes tout détruire en quelques gestes avant que les premiers témoins interviennent.

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En lisant Henning Mankell

Août 28 2011

Ses tout premiers souvenirs étaient des distances: entre lui et sa mère, entre sa mère et son père, entre le sol et le plafond, entre l’inquiétude et la joie. Sa vie entière se résumait à des distances à mesurer, à raccourcir ou à rallonger. C’était un solitaire, toujours à la recherche de nouvelles distances: une façon de conjuguer le sort, de compter les mouvements du temps et de l’espace.

Aussi loin qu’il pouvait se souvenir, la solitude avait toujours été pour lui une seconde peau.

Kristina Tacker n’était pas seulement sa femme. Elle était aussi le couvercle invisible qu’il avait placé au-dessus du gouffre.

Henning Mankell, Profondeurs, Seuil, 2008, p. 14

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En lisant Jean-François Caron

Août 24 2011

Des infirmières se sont précipitées dans la chambre voisine. Madame Jacinthe a quitté les lieux avec le sourire. Elle était simplement assise dans son fauteuil, un tricot à la main. Quelques minutes plus tôt, elle l’avait déposé, sentant qu’elle avait fini son ouvrage, avec une maille à l’envers, qu’il n’était plus nécessaire de continuer. Avec quelque soulagements, elle avait posé la tête sur le dossier du fauteuil et avait attendu que survienne le moment.

C’est ainsi que partent les vieux enfants. Quand chaque journée se calque sur la précédente, que l’univers s’est replié en deux dimensions puis collé contre la fenêtre, souvent les mots perdent leur charge et s’épuisent avant de faire ouvrir la bouche. Madame [ suite ]

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En lisant Bernard Émond

Août 07 2011

Dans le discours contemporain sur l’enseignement des arts, on revient sans cesse avec l’idée de l’expression de soi. Il faudrait de toute urgence pouvoir mettre une caméra, des pinceaux, un instrument de musique entre les mains de chaque jeune personne afin qu’elle puisse s’exprimer. Or il me semble que l’essentiel, dans la pratique artistique, n’est pas là. Il me semble bien davantage tenir dans l’idée de rencontre.

(…)

Connaître et pratique un art, c’est avant tout sortir de soi pour aller à la rencontre de ce qui est autre; c’est arriver à force de travail et d’étude à pouvoir s’approcher des grandes œuvres et de ce qu’elles portent de sens et d’ouverture au monde. C’est à ce prix qu’on devient capable d’offrir.

(…) Un romancier, un peinture, un [ suite ]

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En lisant Mélanie Vincelette

Août 07 2011

À propos de Kujjuk, un Inuit du Nunavut:

C’était un homme qui parlait peu. Il avait perdu un bras dans un grave accident de boucherie à l’âge de quatorze ans. En dehors du travail, il refusait de porter sa prothèse, qu’il surnommait sa « main bionique » devant les enfants qui le regardaient avec des yeux ronds. Il vivait avec son moignon de façon conviviale. Il ne demandait jamais jamais à son voisin de table de l’aider à couper son steak: il plantait son moignon au coeur de la pièce de viande pour la retenir et la coupait avec un couteau suisse bien affûté qu’il gardait toujours dans sa poche. Kujjuk était adoré de tous, car il savait vivre le moment présent. Dans les soirées, il glissait du THC dans les martinis à bière d’épinette des filles et les ramenait chez lui en conduisant sa motoneige [ suite ]

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En lisant Catherine Mavrikakis

Août 07 2011

J’ai douze ou treize ans, je ne sais pas, et tout à coup, le monde s’écroule autour de moi. Les murs de ma maison de tôle un été sont en carton-pâte. Ils tombent et ne me protègent plus. La vie n’a aucun sens.

(…)

En 1973 ou 1974, l’adolescence me frappe de plein fouet. Elle me met K.O. Je suis hébétée. Je ne m’en remetrai pas. Malgré tout, je suis restée cette fille encore sous le choc de sa découverte, du mensonge qu’est la vie. Mais j’ai appris à ne pas chercher des dénouements spectaculaires à ma douleur. Ce fut un long apprentissage.

J’aurais pu mal tourner, faire vraiment dans le mal, dans l’horreur. Encore récemment, j’ai vu avec terreur le film Elephant de Gus Van Sant qui montre une jounrée dans une école avant la fusillade perpétrée [ suite ]

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